Taxe foncière : usufruitier ou nu-propriétaire, qui paie ?

18/03/2025

Alexandre

Usufruitier ou nu-propriétaire : qui sort le portefeuille quand arrive l’avis de taxe foncière ? A priori, la réponse tient en une ligne… sauf que, dès qu’on creuse un peu, l’affaire se corse. Entre texte légal, clauses d’acte notarié et projections budgétaires, mieux vaut clarifier les règles du jeu avant de signer.

Au fil des pages qui suivent, nous passerons en revue le cadre juridique, les marges de négociation possibles et, pour donner chair aux chiffres, nous déroulerons un scénario sur vingt ans. Objectif : savoir, très concrètement, ce que la taxe foncière coûte — ou épargne — à chacun.

Usufruitier ou nu-propriétaire : qui règle la taxe foncière ?

Commençons par le principe général : c’est l’usufruitier qui, aux yeux du fisc, est tenu de payer la taxe foncière. Logique : il habite le bien ou le donne en location, il profite donc de sa jouissance.

Le nu-propriétaire, lui, n’a que le « titre » de propriété. Tant que l’usufruit dure, il n’a pas à s’inquiéter du montant inscrit sur l’avis d’impôt… sauf si les parties ont prévu autre chose par contrat. Et là, les subtilités commencent.

1. Démembrement : qui fait quoi ?

Notions essentielles

Le démembrement de propriété scinde la pleine propriété en deux droits bien distincts :

  • L’usufruit : le droit d’occuper le logement ou d’en percevoir les loyers.
  • La nue-propriété : la détention de la « coquille » juridique, avec la certitude de récupérer le bien en totalité lorsque l’usufruit s’éteint.

En clair :

  • L’usufruitier vit dans le bien ou l’exploite comme s’il en était le propriétaire.
  • Le nu-propriétaire attend son tour ; à l’extinction de l’usufruit (souvent au décès de l’usufruitier), il redeviendra plein propriétaire.

Viager ou temporaire : une différence de calendrier

Deux configurations dominent :

  • Usufruit viager : il prend fin au décès de l’usufruitier. Classique dans les successions — les parents gardent l’usufruit, les enfants reçoivent la nue-propriété.
  • Usufruit temporaire : limité à 10, 15, 20 ans (ou plus). Souvent utilisé pour optimiser un patrimoine.

Quelle que soit la durée, la règle fiscale reste la même : la taxe foncière colle à l’usufruitier, même si un accord privé prévoit un remboursement par le nu-propriétaire. Pour l’administration, cette nuance n’existe pas.

Qui supporte quoi, côté patrimoine ?

Résumons la répartition naturelle des charges :

  • Usufruitier : jouissance, loyers, taxe foncière, charges courantes.
  • Nu-propriétaire : gros travaux structurants, préparation de la transmission, éventuelle plus-value à la revente.

En toile de fond, d’autres impôts se greffent : taxe d’habitation, IFI, taxe d’enlèvement des ordures ménagères, etc. Les équilibres peuvent vite devenir subtils.

2. Pourquoi la loi vise l’usufruitier

Que disent les articles 1400 et 1401 du CGI ?

Ils sont limpides : la taxe foncière frappe « le propriétaire ou l’usufruitier » du bien existant au 1er janvier. Si un démembrement est en place, l’administration assimile l’usufruitier au propriétaire. Point final.

Vous vous demandez encore qui paie la taxe foncière quand il y a nu-propriétaire et usufruitier ? La réponse est simple sur le papier : l’usufruitier.

Jouissance = responsabilité

Le raisonnement des impôts est pragmatique : celui qui profite du bien doit s’acquitter des taxes qui accompagnent cet usage, peu importe qu’il n’en détienne pas la pleine propriété.

Quelques nuances jurisprudentielles

Les tribunaux l’ont confirmé : le fisc se tourne d’abord vers l’usufruitier. Les contrats peuvent prévoir des remboursements, mais ils ne lient que les signataires. En cas de défaillance de paiement, le nu-propriétaire n’est pas directement redevable, néanmoins il peut subir les conséquences si l’administration fait jouer son privilège sur l’immeuble. D’où l’intérêt de tout verrouiller à l’écrit.

3. Le nu-propriétaire : quels risques, quelles protections ?

Gros travaux : l’autre face de la médaille

Les articles 605 et 606 du Code civil sont clairs : entretien courant pour l’usufruitier, gros œuvre pour le nu-propriétaire. La taxe foncière n’entre pas dans ces réparations lourdes, mais la note des travaux peut parfois donner le vertige… sans contrepartie de loyer.

Quand l’usufruitier bénéficie d’une exonération

Âge, faibles ressources, handicap, logement neuf : diverses raisons peuvent exonérer totalement ou partiellement l’usufruitier de taxe foncière. Le nu-propriétaire ne paie toujours pas, sauf arrangement contractuel — certains veulent compenser ou équilibrer l’effort financier.

Que se passe-t-il si l’usufruitier ne paie pas ?

Officiellement, le nu-propriétaire n’est pas solidaire. En pratique, la taxe suit l’immeuble ; un privilège du Trésor, voire une saisie, peut donc finir par le pénaliser. Pour se prémunir, beaucoup insèrent des clauses exigeant la preuve de paiement, voire la possibilité de régler et de se faire rembourser.

4. Jouer sur les clauses : la créativité encadrée

Personnaliser la répartition

Dons, ventes de nue-propriété, montages patrimoniaux… À chaque fois, on peut graver dans l’acte notarié une clé de partage différente ; 50/50, 0/100, déclenchement progressif, tout est envisageable.

Quelques formules qui reviennent souvent

• « L’usufruitier règle la taxe, le nu-propriétaire rembourse 40 % sur justificatifs. »
• « À partir de la dixième année, le nu-propriétaire prend tout à sa charge. »
• « Le nu-propriétaire compense toute hausse annuelle dépassant 3 %. »

Parfait… tant que chacun honore sa part. À défaut, seul l’usufruitier reste dans le viseur du fisc ; le conflit, lui, se réglera devant le juge civil.

5. Et les autres taxes ?

Taxe d’habitation : une affaire d’occupant

Depuis la quasi-suppression sur les résidences principales, elle ne vise plus que certaines résidences secondaires ou logements vacants. Peu importe le démembrement : le redevable est celui qui occupe les lieux au 1er janvier.

IFI : la note peut grimper

En règle générale, l’usufruitier déclare la valeur en pleine propriété dans son impôt sur la fortune immobilière. Le nu-propriétaire, lui, est tranquille… sauf cas particuliers (ex. usufruit légal du conjoint survivant).

Charges de copropriété et travaux

Entretien, ménage, ascenseur : c’est pour l’usufruitier. Façade, toiture, structure : c’est pour le nu-propriétaire. Quant à la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, incluse dans la taxe foncière, elle suit logiquement le destin de… la taxe foncière.

6. Cas pratique : 20 ans de taxe foncière à la loupe

Nos hypothèses

• Valeur du bien : 300 000 €
• Taxe année 1 : 1 800 €
• Usufruit viager, horizon 20 ans
• Hausse annuelle moyenne : 2,5 %

La facture pour l’usufruitier

Démarrage à 1 800 €, arrivée autour de 2 960 € la 20e année. Additionnez le tout : environ 45 000 € déboursés sur la période.

Conséquence pour le nu-propriétaire

Achat de la nue-propriété à 60 % de la valeur (180 000 €) et récupération d’un bien estimé 300 000 € dans 20 ans : gain brut de 120 000 €. Zéro euro de taxe foncière pendant que l’usufruitier se charge de 45 000 €… L’équation est parlante.

Et si la taxe bondit de 20 % ?

Si la hausse annuelle grimpe à 3,5 %, la note globale atteint 50 000 € à 52 000 €. Pour un retraité au budget serré, la pilule peut devenir amère.

7. Les revers fiscaux de l’usufruit

• Des appels de taxe foncière récurrents et croissants.
• Un IFI souvent calculé sur la pleine propriété.
• Les charges d’entretien courantes à assumer.
• La sensation de « payer pour un bien qu’on a déjà en partie cédé ». Pas négligeable psychologiquement.

8. Partager la taxe : c’est permis

Oui, tout est contractuellement modulable : répartition proportionnelle, transfert total, ou montée en puissance progressive du nu-propriétaire. Seule limite : pour le fisc, le débiteur reste l’usufruitier. Les remboursements relèvent du domaine privé.

9. Vente de la nue-propriété : rappel express

• Le vendeur conserve l’usufruit : il continue de payer la taxe.
• L’acheteur nu-propriétaire est épargné jusqu’à l’extinction de l’usufruit.
• Quand l’usufruit s’éteint, le nouvel unique propriétaire reprend naturellement la charge de la taxe.

10. Qui paie quoi en cas d’usufruit ?

Petite piqûre de rappel :

  • Taxe foncière : usufruitier.
  • Taxe d’habitation : occupant.
  • IFI : usufruitier (pleine propriété).
  • Revenus fonciers : imposés chez l’usufruitier.
  • Plus-value : chacun pour sa part lors d’une cession.

11. La pression ressentie par l’usufruitier

Beaucoup évoquent un sentiment de « payer pour un bien dont ils ne sont déjà plus vraiment propriétaires ». Ajoutez une pension qui stagne et une taxe qui grimpe, la tension peut vite monter. D’où l’importance d’anticiper le budget sur la durée.

12. Se protéger des impayés : assurances et garde-fous

Nu-propriétaire inquiets ? Plusieurs parades existent : clause obligeant l’usufruitier à présenter chaque année la preuve de paiement, possibilité de régler à sa place et de se faire rembourser, voire, dans des configurations sophistiquées, souscription d’assurances dédiées.

13. Et si le bien est professionnel ?

Locaux commerciaux ou bureaux ? La contribution économique territoriale (dont la CFE) incombe à l’occupant professionnel. La taxe foncière, elle, reste au compte de l’usufruitier, sauf refacturation prévue au bail.

14. Prêt viager hypothécaire : l’alternative sans démembrement

Besoin de liquidités mais pas envie de partager la propriété ? Le prêt viager hypothécaire permet d’emprunter tout en restant plein propriétaire. La taxe foncière reste due, certes, mais le schéma juridique se simplifie.

15. Avant de signer : la checklist

• Qui paie la taxe foncière et selon quelles modalités ?
• Comment s’effectuent les remboursements éventuels ?
• Qui finance l’entretien, qui prend les gros travaux ?
• Quelles informations doivent être échangées chaque année ?
• Quelles pénalités en cas de défaut de paiement ?

16. Succession, donation-partage : le classique parent/enfant

Les parents conservent l’usufruit, les enfants reçoivent la nue-propriété : les seconds ne voient jamais passer l’avis de taxe foncière avant le décès des premiers. Ensuite, ils héritent du bien… et de la taxe.

17. Revente et plus-value

Si seul l’usufruit est vendu, c’est l’usufruitier qui calcule et paie la plus-value. Si seule la nue-propriété change de mains, c’est l’acheteur nu-propriétaire. Vente conjointe de la pleine propriété ? Chacun sa quote-part.

18. Gare à l’inflation fiscale

Entre révision des bases cadastrales et besoins budgétaires des collectivités, la taxe foncière grimpe régulièrement. Sur deux décennies, un bond de 30 à 50 % n’a rien d’utopique. Mieux vaut en tenir compte avant de s’engager.

19. Stratégie côté usufruitier

• Chiffrer la taxe sur 20 ans, pas seulement sur l’année en cours.
• Négocier un partage avec le nu-propriétaire, quand c’est possible.
• Mettre en balance démembrement, prêt viager, vente classique.
• Se demander : « Pourrai-je encore payer quand mes revenus baisseront ? »

20. Stratégie côté nu-propriétaire

• Profiter de l’exonération de taxe foncière pendant l’usufruit, mais…
• Prévoir un budget travaux, parfois conséquent.
• Inscrire des clauses de contrôle du paiement des impôts.
• Simuler l’opération sur tableur pour voir la rentabilité réelle.

21. FAQ express

Qui règle la taxe foncière en cas de démembrement ?
Toujours l’usufruitier.

Et la taxe d’habitation ?
L’occupant des lieux au 1er janvier.

Le nu-propriétaire peut-il être poursuivi par le fisc ?
Non, mais si l’usufruitier ne paie pas, l’immeuble peut être saisi, ce qui finit par impacter le nu-propriétaire.

Peut-on partager la taxe ?
Oui, par clause privée. Vis-à-vis du Trésor, l’usufruitier reste toutefois unique débiteur.

Qui paie les gros travaux ?
Le nu-propriétaire, sauf accord contraire.

Quelle solution si l’on veut de la trésorerie sans démembrement ?
Le prêt viager hypothécaire, qui laisse la pleine propriété intacte.

22. Pistes d’optimisation

Avant de trancher, confrontez plusieurs scénarios, sollicitez votre notaire ou un conseiller patrimonial, et anticipez l’évolution probable de la taxe. Un mot d’ordre : prévoir loin, négocier tôt, formaliser clairement.

23. Mot de la fin

La règle ne souffre pas d’exception fiscale : l’usufruitier paie la taxe foncière. Tout le reste — partage, remboursement, clauses de garantie — se négocie. En matière de démembrement, mieux vaut donc sortir la calculette, poser les choses noir sur blanc et se projeter sur le long terme. C’est le meilleur moyen de transformer une belle idée patrimoniale… en réussite durable pour chacun.

Questions fréquentes sur le paiement de la taxe foncière en cas d’usufruit et de nue-propriété

Qui paie la taxe foncière en cas de démembrement entre nu-propriétaire et usufruitier ?

En démembrement, l’article 1400 du CGI désigne l’usufruitier comme redevable de la taxe foncière. Parce qu’il jouit du bien – y habite ou le loue – l’administration l’assimile au propriétaire pour cette taxe. Le nu-propriétaire n’est donc pas sollicité, sauf clause contractuelle prévoyant un remboursement interne.

L’usufruitier peut-il faire payer la taxe foncière au nu-propriétaire ?

Non. Vis-à-vis du fisc, seule la personne identifiée comme usufruitier au 1er janvier est légalement tenue de régler la taxe foncière. Les parties peuvent convenir dans l’acte notarié que le nu-propriétaire la remboursera, mais cet accord n’a aucune valeur opposable à l’administration.

Qui règle la taxe d’habitation : usufruitier ou nu-propriétaire ?

La taxe d’habitation et la contribution pour l’enlèvement des ordures ménagères incombent à l’occupant du logement au 1er janvier. Lorsque l’usufruitier occupe le bien ou le loue, c’est donc lui qui paie. Si le nu-propriétaire l’occupe exceptionnellement, il deviendra alors redevable.

Quels sont les inconvénients majeurs de l’usufruit pour le titulaire ?

L’usufruit procure une jouissance immédiate mais présente des inconvénients : il supporte la taxe foncière et les charges courantes, ne peut ni vendre ni hypothéquer sans l’accord du nu-propriétaire et voit sa valeur s’éteindre avec le temps. À long terme, son investissement initial peut donc s’amortir sans contrepartie patrimoniale.

Comment déclarer la taxe foncière en présence d’un usufruit temporaire ?

En cas d’usufruit temporaire, la déclaration suit le même principe : l’usufruitier nommé au 1er janvier paie la taxe foncière pour toute l’année, même si le droit s’éteint en cours d’exercice. Aucun prorata n’est prévu ; seule la date officielle de fin d’usufruit modifie l’année suivante.

Quelles charges restent à la charge du nu-propriétaire durant l’usufruit ?

Le nu-propriétaire ne supporte généralement ni taxe foncière ni charges locatives. En revanche, les grosses réparations visées par l’article 606 du Code civil lui incombent : ravalement, toiture, murs porteurs, grosses installations. Il demeure aussi redevable de l’impôt sur la fortune immobilière pour sa quote-part de propriété.

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